Une page se tourne

Automne 2018 : Une page se tourne

La compréhension et la prétendue maîtrise de mon environnement aura piloté ma vie. Je n’ai jamais été plus heureux que, lorsque qu’après avoir compris les mécanismes d’un système, je corrigeais la panne et pouvais profiter du bonheur de voir l’ensemble fonctionner à nouveau. C’est pourquoi je prends mon pied en conduisant les autos que j’entretiens, en barrant un voilier ou en pilotant mon avion.

Dans ma cosmogonie, l’aviation tient un place à part : maintenir en lévitation un objet plus lourd que l’air relève de la magie. Certes, au plan de la physique j’en comprends les tenants et aboutissants. Le fonctionnement de chaque élément constitutif reste parfaitement compréhensible : aérodynamique, moteur, radio, commandes de vol, instrumentation… rien de cela n’est mystérieux. Ce qui relève de la magie c’est que, par leur interaction, tous ces objets concourent à offrir au spectateur la certitude qu’il peut s’affranchir de l’esclavage de la loi de la gravitation. Le vol est possible.

De tout temps, j’ai assemblé, fait voler, détruit des objets volants. Le bonheur était absolu lorsque je faisais voler des modèles réduits. Mais de là à franchir le pas de l’apprentissage du pilotage d’un vrai avion, un mur de contraintes m’interdisait le passage à l’acte. Que ces contraintes fussent réelles, inventées, transmises, peu importe, le pilotage d’un avion restait un acte magique donc impossible. Il aura fallu qu’à près de soixante cinq ans, le hasard me fasse trébucher, dans une exposition de vieilles autos, sur un avion. Mais que faisait-il là cet avion ? Une société de l’aéroport d’Avignon vendait avions, baptêmes et formations. Après avoir acheté un « Vol d’Initiation », la rencontre avec un instructeur aura fait remonter les envies enfouies. Par pur défi j’ai décidé d’apprendre à voler, à maîtriser l’impossible magie du vol. En une année et une trentaine d’heures d’instruction, grâce à la patiente pédagogie de Christian Tournier, le miracle est advenu, j’ai été lâché. J’étais le patron de ma propre magie. Seul, assis à gauche, en commandant de bord, je soignais ma mégalomanie : je volais.

A partir de ce moment, un chemin s’imposait de lui-même : pour vraiment être le seul maître à bord, il me fallait posséder un avion. Posséder un avion pas simplement pour faire des tours de piste, mais pour voyager, pouvoir en toute liberté de choisir mes destinations. Le CTLS s’est présenté, il répondait à mon cahier des charges, il est devenu mon partenaire.

Après quatre années de vol, que reste-t-il ? J’ai écumé les restaurants situés à moins de quatre vingt dix minutes de vol. Mais en ce qui concerne les voyages, je ne compte que cinq ou six escapades sans avoir réussi à rejoindre un saint Graal, la Corse.

Quatre années et quatre cents heures de vol plus tard, seul à bord, je ne trouve plus l’excitation de la magie des débuts. Certes le regard des mes passagers me fait retrouver ces sensations disparues, mais en y regardant bien, le compte n’y est plus.

Par le chemin parcouru, je me suis prouvé être capable de résoudre les problèmes rencontrés, pas tous les problèmes posés par le vol mais ceux que j’ai rencontrés et qui, somme toute, ne furent pas si nombreux. A ce jour, je totalise autant d’atterrissages que de décollages. Cela ne fait pas moi un cador de l’aviation, juste un pilote qui aura su trouver la solution aux problèmes que le hasard, les pannes, les fautes d’inattention ou qu’une préparation incomplète lui auront posés. De l’aviation je retiens la leçon d’humilité que le vol impose. Des pilotes, et j’en fais aussi partie, je retiens aussi, qu’une fois l’avion posé et le verre en main, on voit l’humilité se dissoudre dans des rodomontades de comptoir.

C’est avec une certaine nostalgie que je m’éloigne d’une pratique active. Aujourd’hui, à un moment choisi, pas imposé, choisi, je m’éloigne de ce milieu qui m’aura tant apporté. Certes, je m’éloigne comme on s’éloigne d’une compagne que l’on quitte ou que l’on voit s’éloigner. C’est avec regrets que je romps cette relation fusionnelle avec l’aviation. Désormais je vivrais avec de beaux souvenirs, souvenirs que je ne manquerais pas de venir rafraîchir de temps à autres.

Merci à tous, vous qui m’avez permis, instructeurs, membres du club, pilotes ou passagers de réaliser un rêve de gosse.

Jean-Louis Cech

3 réflexions au sujet de « Une page se tourne »

  1. ALAIN RDI

    Mon cher Jean-Louis,
    C’est avec un peu de mélancolie que je prends connaissance de ton dernier texte.
    Tu as entre autre, par tes actions, su moderniser notre vieille structure et la faire entrer dans la modernité.
    Sois-en ici remercié ainsi que pour ton dynamisme affiché en toute circonstance et ta bonne humeur contagieuse… We miss you.
    Alors bonne continuation dans ta nouvelle vie et bons vents sur ta route
    Alain RDI

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