Aviation et interopérabilité

Petit retour en arrière

il y a peu j’ai eu le plaisir d’aller déjeuner à Mende avec un Ancien. Ne vous méprenez pas, dans nos activités, être Ancien est une référence. Lors de notre vol, nous avons fait des comparaisons sur les pratiques de la navigation, depuis le compas-chrono-carte en passant par la radio navigation via les VOR et terminer par les beautés du GPS. Tous deux, nous avons convenu que le GPS, s’il est correctement maîtrisé, est une précieuse assistance et un gage de sécurité. A titre perso, je pense que j’aurais les plus grandes difficultés à naviguer en territoire inconnu avec seulement le trio compas-chrono-carte.

Rester à jour

Si la réglementation exige que pour tout vol non local vous disposiez d’un jeu de cartes à jour, pour votre sécurité il en va de même pour avec le GPS de votre aéronef. Comme la carte, le GPS affiche les zones interdites, réglementées, les fréquences, obstacles. Ces informations, si elles sont constantes sur le papier, elles sont variables dans la réalité.

Les mises à jour s’imposent, annuellement pour les cartes mais qu’en est-il pour le GPS ?

Rappel sur la notion d’interopérabilité

L’interopérabilité est un concept qui prévoit qu’il est possible de transposer un objet d’un environnement dans un autre. Prenons le cas de la conduite automobile. Vous possédez un permis de conduire pour véhicule automobile d’un PTC inférieur à 3.5T. Celui-ci est universel dans son domaine, il ne spécifie pas quelle marque, quel modèle est couvert par ce permis. Naturellement, le volant tourné dans le sens des aiguilles d’une montre fera tourner le véhicule à droite, la pédale de droite augmente la puissance disponible… Le permis de conduire et les automobiles sont interopérables.

L’interopérabilité en informatique

Si l’usage a naturellement codifié l’IHM (Interface Homme Machine) d’une automobile et aussi standardisé nombre de ses composants, il devrait en aller de même pour les objets informatiques. Que ce soit pour votre tablette, votre smartphone, votre ordinateur une carte, une photo est contenue dans un fichier. Ce même fichier doit pouvoir être visualisé indifféremment par n’importe quel outil disposant d’un écran et d’une mémoire.

Un fichier est une suite de nombres dont l’organisation, la séquence, le contenu définissent, pour une application donnée, l’information à traiter. Il existe des normes universelles de transmission de fichiers, FTP par exemple. Il existe aussi des formats de fichier pour afficher les contenus. Nous avons tous croisé les PDF, JPEG, MP3… et avons une petite idée des informations qu’ils nous fourniront. Pas besoin d’expertise particulière pour exploiter un MP3 : chacun sait qu’il faut disposer d’un haut-parleur. Tout ce qui se passe entre le fichier et le haut-parleur est une boîte noire mystérieuse, mais nous savons tous que le haut-parleur est nécessaire. L’interopérabilité est donc la possibilité d’obtenir de façon transparente un fichier et de l’exploiter sans avoir à se préoccuper de l’identité des composants de la chaîne.

Mise à jour de mon GPS

Lors de l’installation de mon GPS j’ai été confronté à la sélection d’une source de mise à jour des données cartographiques, obstacles… Sans expérience particulière, j’ai choisi au pif un environnement qui me semblait répondre à mon besoin. Pocket FMS fut l’objet de mon choix. Un coup de carte bancaire et j’ai obtenu une année de mises à jour.

Une fois par mois je recevais une notification par courriel que des fichiers contenant des données à jour étaient disponibles. Un téléchargement sur une clé USB depuis mon PC, la copie des fichiers de la clé dans mon GPS et le tour était joué. Au bout d’une année, mon abonnement expiré, je me suis demandé si plutôt que Pocket FMS il ne serait pas de bonne pratique de voir ce que proposait Jeppesen, le numéro 1 mondial, la référence.

The Jeppesen experience

Jeppesen est une filiale de Boeing. Vous devez connaître ce petit fabricant d’avions perdu dans le NW américain. Je fais confiance à Google pour trouver le site Jeppesen. So far so good.

Le site trouvé, je recherche le produit qui convient à mon besoin. Impossible de faire cette recherche si l’on n’est pas inscrit. Je passe donc à la phase inscription et tombe sur une erreur : la fonction inscription du site est indisponible, en panne. Il faut contacter le service client, ce que je fais derechef.

Au bout d’une semaine je reçois un courriel du service client qui me demande de lui fournir les informations utiles pour cette inscription. Boeing semble ignorer la dématérialisation. Trois jours s’écoulent et je reçois enfin le sésame. Inscrit, je me vois accorder l’insigne privilège de pouvoir me connecter et dépenser mon argent pour acquérir la précieuse carte. Un lien toutefois retient mon attention, il précise que je dois charger une application pour pouvoir récupérer le fichier et ses précieuses données.

Avant de payer, je vérifie que cette application fonctionne correctement. Avec Pocket FMS je passais par le navigateur, Chrome ou Firefox, je n’avais donc pas de problèmes. Avec Jeppesen je dois passer par une application spécifique et cette application ne tourne que dans un environnement Windows. Tiens, un truc pas vraiment interopérable, cette application ne fonctionne pas dans mon environnement. Je reprends contact avec les experts de Jeppesen et les informe que mon PC tourne sous Linux et pas sous Windows. Raté, ils ne disposent pour cette application que des versions Windows et MacOS, je ne peux donc pas télécharger la cartographie Jeppesen. Coup de bol, je n’avais pas encore payé l’année d’abonnement.

En cliquant sur le lien suivant vous trouverez les échanges de courriel avec Jeppesen. Je les ai informés de l’existence de cet article, j’attends avec impatience une réponse.
Devons-nous leur fournir une prestation d’expertise sur la dématérialisation et l’interopérabilité ?

Merci Boeing-Jeppesen, je vais retourner chez Pocket FMS.

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